J’accueillais récemment une amie qui a quitté ma ville il y a une vingtaine d’années. Je lui faisais visiter mon quartier, construit après son départ sur les rives du fleuve qui nous relie à la mer, lorsqu’elle me demanda si celui-ci avait souvent débordé, lors des dernières crues.

– Pas depuis un bon moment, répondis-je. Je ne sais même pas à combien remontent les dernières inondations, ici. Et puis, rigolai-je, un brin neuneu, si c’était le cas je ne serais pas concernée, je vis au 5ème.

Elle fixa les berges du Lez, sourcils froncés.

– Sauf que si les inondations sont si importantes que les fondations sont impactées et que les immeubles s’effondrent, ton cinquième ne te servira pas à grand-chose.

Ainsi ébranlée dans la – naïve – conviction de ma – toute relative – sécurité, j’envisageai quelques temps de chercher un rez-de-chaussée. C’est d’un chiant, ces copines qui réfléchissent…

Sauf qu’en réalité, cette faille dans ma pensée toute domestique n’est que le reflet, à petite échelle, de ce qui se passe sur notre planète depuis des décennies : petit à petit, année après année, les désordres climatiques augmentent, nos fondations s’écroulent, emportées par les flots de notre inconscience collective et pourtant, nous continuons à nous croire en sécurité, perchés dans nos étages de verre.

Vievola (Alpes-Maritimes), Schuld et Sinzig (Allemagne), Lauraguel (Aude), rien qu’en moins de deux ans, on pourrait allonger encore la liste des lieux (français, européens, donc proches, si proches !) partiellement détruits, quand ils n’ont pas complètement disparu dans les eaux débordantes. Les drames s’intensifient, jusqu’à être à toucher du doigt, géographiquement.

Nos comportements, eux, n’évoluent pas. Malgré les catastrophes qui se rapprochent, nous continuons de vivre, de consommer, de jeter, de détruire, comme si de rien n’était. Mais les berges de notre planète sont inondées de nos erreurs depuis longtemps, les fondations ont commencé leur ébranlement, qui s’accélère, et quel que soit l’étage où nous vivons : nous serons tous impactés.

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