Cette année, j’ai décidé de d’intégrer une équipe de scénaristes pour écrire des séries. Je reviendrai peut-être sur les raisons qui me motivent (autres que celles bassement pécuniaires) mais disons que j’aime travailler avec des contraintes et que je pense être plutôt forte en personnages. Bref : en attendant de savoir comment intégrer une équipe, je regarde régulièrement un feuilleton à diffusion quotidienne. Ce genre de feuilleton que vous commencez à regarder le regard un peu blasé en vous disant que

– Ouais, bof, c’est pas vraiment intello leur truc !

pour finir accro à chaque épisode. Il serait peut-être temps de vous souvenir que vous n’êtes pas vraiment intello non plus, mais passons.

Dans cette série, chaque soir ou presque, deux jeunes hommes manifestement très amoureux l’un de l’autre se roulent de langoureuses pelles, se vautrent l’un sur l’autre sur l’un des confortables endroits dont les accessoiristes n’ont pas été économes, ou traversent les affres de n’importe quel couple amoureux en début de relation, là où tout n’est (encore) que plaisir et souffrance ! Personnellement, j’adore que ces garçons puissent partager les mêmes problèmes, mais aussi les mêmes effusions que n’importe quels hétéros, et ce à une heure de diffusion assez familiale puisqu’ils se bécotent de 18 h 30 à 19 h environ. J’adore parce qu’à chaque fois, je repense à cet après-midi, pas si lointain dans ma mémoire (j’avais 16 ans, je crois) où mon meilleur ami est arrivé dans ma chambre, la mine défaite, ses deux bras couverts d’énormes hématomes. Je devenais ce jour-là la deuxième personne au monde à qui il « avouait » être homo, après l’infirmière à qui il avait demandé un test HIV. Il avait eu honte de demander, elle avait été odieuse, prise entre haine de l’homo et crainte du sida, dont ont pensait alors qu’il se transmettait par la simple présence, ou presque. Nous avions beaucoup pleuré, ce jour-là, serrés l’un contre l’autre. Aujourd’hui, le souvenir de son « coming out » nous émeut toujours autant, et même si certains ont encore beaucoup de mal à accepter les différences, lui, moi, et des millions d’autres nous réjouissons qu’en 2021, chaque soir à une heure de grande écoute, deux mecs puissent se rouler des pelles sans se faire tabasser. (Je réalise à l’instant qu’en vrai j’étais la troisième personne à qui mon ami a dit être homo, car je suis à peu près certaine que le garçon dont il était amoureux devait le savoir!)

– La semence, c’est pas le plus compliqué tu sais !

Certains trouveront la transition quelque peu abrupte, mais il se trouve que c’est une phrase que j’ai réellement entendue pas plus tard que la semaine dernière. Je discutais avec une amie qui s’apprête à faire un bébé toute seule. Enfin, seule, avec une équipe de médecins, et des donneurs et donneuses anonymes, de semence, donc, et d’ovocytes. A l’heure actuelle, en France, les conditions pour avoir droit à une PMA (procréation médicalement assistée) sont strictes, elles le sont beaucoup moins à l’étranger, et à ma connaissance, rares sont les médecins, même en France, capables de résister au désir de maternité d’une femme, même âgée de plus de 40 ans, même célibataire. C’est ainsi, et parti comme c’est, l’expression « faire un gamin dans le dos » ne voudra bientôt plus rien dire, parce que les femmes – même hétéros – peuvent désormais décider de se passer des hommes pour tomber enceintes (pour élever les enfants, ensuite, je me permets de rappeler que souvent, les mères se retrouvent seules, aussi, mais là c’est rarement par choix). C’est comme ça, et l’idée n’est pas de débattre sur le bien-fondé ou pas de cette évolution. L’idée est que la société évolue, qu’elle l’a toujours fait, qu’on peut être d’accord ou pas avec certaines de ses évolutions, douter, se questionner, protester, même… Mais surtout essayer de comprendre, sans juger. Rester à l’écoute, ouvert et tolérant. Parce que dans les deux histoires que j’ai racontées, là, quelle est la force à l’origine de ces évolutions (de la société/de la place de l’homme/de la liberté des femmes) ? Personnellement, et bien que ce ne soit pas le romantisme (ni d’ailleurs l’instinct maternel!) qui m’étouffe, je dirais : l’amour. Ou la vie, si vous préférez mais de toute façon, les deux sont liés, non ? Parce qu’après tout, l’amour n’est qu’une pulsion vitale comme une autre…

Allez ! Sur c bon week-end ! Et souriez… même si vous n’êtes pas filmé 😉

Image par ParallelVision de Pixabay

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