Certes, le phénomène n’est pas nouveau : les fausses études scientifiques, faux articles, faux savants, fausses infos… L’humain ment depuis qu’il respire (il paraît même que nous sommes incapables de ne pas mentir) et triche depuis qu’il joue/travaille/aime/etc etc etc. Le mensonge serait inhérent aux êtres vivants et d’ailleurs : même les animaux mentent, ou du moins trichent, quand il s’agit par exemple de se protéger d’un prédateur. Pensez à toutes ces bestioles qui se grossissent « pour faire peur » à la créature qui cherche à les dévorer !

Nous grandissons, tous plus ou moins, avec la connaissance du mensonge. Déjà, parce que vers l’âge de cinq ans (il me semble) nous commençons à mentir consciemment. Ensuite, parce qu’assez rapidement, nous apprenons, parfois à nos dépends, que les autres sont capables de nous mentir, aussi. Cette histoire de Père Noël par exemple marque certainement une étape décisive dans notre appréhension du mensonge à échelle familiale et sociétale.

Le mensonge a plusieurs fonctions, qui va de la protection (de notre intimité, des êtres qui nous sont chers, etc etc etc) au développement d’une saine méfiance, ou plutôt d’un sens critique, vis à vis, notamment, des informations qui nous sont données. A priori, le mensonge n’est pas condamnable en soi.

Il devient cependant dangereux quand la méfiance prend le pas sur les convictions, quand on soupçonne tous ceux qui ne sont pas de notre avis de nous mentir pour nous tromper. Les derniers mois ont été riches en exemples, inutile d’y revenir.

Là où cette histoire de mensonges change de dimension en revanche, c’est que les êtres vivants ne sont plus les seuls à mentir. Désormais, les plus gros mensonges seraient visiblement racontés par des algorithmes. Qui, non contents de nous orienter notamment essentiellement vers des gens qui pensent comme nous (à peu de chose près) fabriqueraient eux-mêmes les informations qu’ils « pensent » que nous voulons croire. Nous laissant croire ainsi que notre vision du monde est la bonne. Autrement dit : non seulement des formules informatiques nous orientent dans nos choix « d’amis », de lectures (de musiques, de films, etc etc) mais ils nous fournissent directement la matière de nos lectures (parfois déjà de nos musiques, bientôt sûrement de nos films, etc etc). (1)

Telle une armée mondiale de chatbots programmés pour nous plaire, les algorithmes produisent de plus en plus de contenus pour nous séduire.

J’ai un petit péché mignon : j’adore la famille royale d’Angleterre. Et bien que je désactive régulièrement cookies et autres traceurs, je retrouve régulièrement sur ma page d’actu des nouvelles de mes personnages préférés. Récemment, un article m’a interpellée : pas tant à cause des infos qu’il contenait, mais parce qu’il me rappelait certains échanges avec des chatbots, justement. Une impression diffuse, quelque chose que je ne peux ni expliquer et encore moins prouver, mais qui m’a fait penser qu’il s’agissait probablement d’un article sinon écrit, du moins traduit par des algorithmes.

Ce qui m’a inquiétée n’est pas tant la possibilité que cela soit le cas. Ce qui m’a profondément troublée, c’est que j’aurais été incapable de dire si oui ou non, cet article était « réel » ou pas. A part une certaine maladresse au niveau de l’expression, rien ne prouve que IA soit l’auteur de cet article sur la dernière sortie de la duchesse de Cambridge. Peut-être même que parfois, ceux que je prends pour des interlocuteurs en chair et en os ne sont en réalité que des chatbots plus performants.

Nous sommes à la croisée des temps, le métavers est déjà une réalité (2), et telle que vous me lisez, je n’existe peut-être même pas… Comment savoir ?

(1) https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/enquete-les-etudes-scientifiques-elles-aussi-victimes-des-fraudeurs_4833107.html

  1. https://www.usine-digitale.fr/article/metavers-de-quoi-parle-t-on.N1152967
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