Souvent, lorsque l’on lit des articles de presse en ligne, le plus intéressant n’est pas l’article en soit mais les commentaires qu’il engendre. C’est souvent passionnant, même avec des sujets qui, de prime abord, ne prêtent pourtant pas tant que ça à polémique. Les commentaires, ce sont généralement des dizaines de pseudos plus ou moins explicites, des embrouilles pour pas grand chose, un défouloir humain pas toujours reluisant, ponctué de ci de là par des interventions intelligentes et bien documentées, qui souvent tranchent avec le reste, quand elles ne disparaissent pas complètement dans la fange.

Difficile, selon les médias, de différencier le purement polémique, provocateur, gratuit, des ressentis sérieux. En revanche, les commentaires donnent, il me semble, un aperçu assez juste des tendances sociétales autour d’un thème donné.

Dans un autre style, en l’occurrence sur le réseau bien connu Twitter, on parvient là aussi à une image assez réaliste de perception de certains sujets. Une perception qui s’exprime à travers les échanges plus ou moins virulents au sein de la communauté des petits oiseaux bleus. Bien sûr, il faut tenir compte, avec Twitter, des algorithmes et de leur sélection statistique pas très objective. Mais quand même : en regroupant ce que ça donne ces jours-ci en commentaires, LA bête à abattre en ce moment c’est : l’écologie.

Honnêtement, c’est quand même un peu fatigant, à la longue. Parce que mine de rien, vous êtes nombreux. Nombreux à vous exciter sur ces cyclistes qui prennent la place aux voitures, avec leurs pistes à la con. Nombreux à ricaner sur les bio-seaux et l’obstination à trier les déchets. Nombreux aussi à répéter que le verre pollue autant que le plastique, la preuve ! Et d’envoyer des liens vers des articles qui calculent péniblement le prix du verre au kilo, expliquent laborieusement les procédés de recyclage, ou détruisent toute illusion de vertu des éoliennes et autres panneaux solaires.

Vous êtes les mêmes à vous pavaner le dimanche au marché avec vos sacs en plastique soi disant biodégradables. Pour vous, les écolos sont une bande d’emmerdeurs dont le seul objectif est d’interdire. Interdire de rouler en diesel, de bouffer de la viande, de partir en avion… Du coup vous postez pour pester. Vous insultez. Et parfois même, on vous voit en train de tenter de renverser ces cyclistes qui vous emmerdent, là, seuls sur les voies partagés bus et vélos. Ne hurlez pas au blasphème : Twitter notamment est plein de vidéos d’automobilistes agressifs qui ne supportent pas ceux qui pédalent. Pour vous tous, vous, les râleurs, les moqueurs, les entêtés, les écolos ne sont que des néo babas obstinés et sans humour, clafis de convictions, des mal baisés anémiés chroniques.

Eh bien détrompez-vous. Être écolo, ce n’est pas emmerder les autres et leur interdire quoi que ce soit. Déjà, parce que l’écologie est au contraire une philosophie de respect de l’autre, que l’Autre soit un être humain, un insecte, ou la planète. Disons, pour simplifier, que l’écologie est le respect du vivant. Et donc du respect de vous, oui, même de vous ! Avec vos idées reçues selon lesquelles la voiture est le mode de déplacement le plus rapide, les topinambours un club de majorette, et les emballages systématiquement recyclés parce qu’après tout,, c’est écrit : « emballage recyclable ». Or être écolo, ce n’est pas aussi facile. Être écolo, c’est justement aller contre les idées toutes faites (même si bien sûr il nous arrive d’en avoir aussi).

Le problème, le vrai, c’est qu’à part cette bonne volonté qui tient lieu de seule et unique véritable contrainte (respecter le vivant) c’est comme dans la vraie vie : il n’y a pas vraiment de mode d’emploi. Si certaines choses sont désormais acquise (comme le rejet de CO2 par les transports à moteur thermique ou la dangerosité de certains pesticides) « l’écologie » n’est pas une science si exacte. Et les écolos de passer leur temps à essayer de trouver comment faire mieux… pour constater parfois qu’ils sont en train de faire peut-être pas pire, mais pas si bien que ça non plus.

Les véhicules électriques ? On fait quoi des batteries, on les recharges avec quelles énergies ? Les panneau solaires ou les pâles d’éoliennes ? C’est quoi leur véritable impact sur la planète, tout confondu ? Les œufs bio ? Quel intérêt si les fermes de poules sont certes labellisée bio mais produisent selon les mêmes critères que l’élevage intensif ? La vente en vrac ? Mais les produits sont quand même dans un emballage ! Les sacs soi-disant compostables, on les composte ou plutôt pas ?

Vous l’aurez compris : même si parfois, on croise des écolos virulents, en réalité, la majorité est confrontée quotidiennement à des prises de décisions difficiles, car sans garantie ou si peu que leurs choix respecte leurs convictions et engagements. C’est compliqué d’être écolo, en vrai. C’est peut-être même pour ça que, quand on a une info sûre, on a tendance à exagérer un peu et donner dans le prosélytisme. Quitte à devenir chiant, parfois.

PS : Évidemment que ce texte est caricatural et plein d’une mauvaise foi clairement revendiquée ! Sinon à quoi bon…

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