Voilà maintenant un peu plus d’un an que j’ai changé de coiffeur. Une information dont tout le monde a le droit de se moquer, si ce n’est que, si on rattache mon changement de coiffeur à l’Histoire : c’est tombé en plein covid. Plus précisément quelque part entre le premier et le deuxième confinement. Cela veut dire quoi ? Cela veut dire que depuis qu’il s’occupe de ma modeste tignasse, mon coiffeur n’a jamais vu mon visage sans masque. Étrange, non ? Enfin : moi je trouve ça étrange, et je sais que lui aussi. Les visages, c’est quand même un peu le centre de son travail, et là, depuis maintenant plus d’un an, il ne voit ses clients que masqués.

Le dernier jour de l’année 2020, j’avais rendez-vous pour tester un truc, nous étions seuls, j’ai retiré mon masque cinq secondes max, le temps qu’il voit si ça allait. Nous avions tous les deux l’impression de commettre un crime.

Si j’évoque cette anodine anecdote, c’est aussi parce que j’ai pensé à mon coiffeur en constatant un phénomène suffisamment notable pour que je le remarque : le besoin, accru, qu’on les gens actuellement de… parler !

C’est assez drôle (enfin, je me comprends) parce que les coiffeurs font partie de ces professions que l’on dit obligées de parler beaucoup pour divertir le client, tout comme on dit qu’ils sont parfois atrocement pénibles, à force de parler de tout et de n’importe quoi. (Ce qui n’est pas le cas des coiffeurs que je fréquente, loin s’en faut !)

J’ai eu en revanche récemment un serrurier, comme coincé chez moi pendant une bonne vingtaine de minutes, alors qu’il venait justement de faire en sorte qu’on puisse sortir de mon appart; j’ai vu cette prof de collège s’épanchant dans un office de tourisme sur la situation de ses élèves ; j’ai écouté une bibliothécaire, compatis avec une restauratrice, et consolé mon voisin coach sportif.

Bon, d’accord me direz vous : les gens aiment parler d’eux-mêmes, c’est ainsi depuis tous les temps, et vous avez raison. Sauf que depuis, d’autres observateurs de la nature humaine me l’ont confirmé : confinés, une fois, deux fois, trois fois, privés de leurs interlocuteurs habituels pendant le confinement, beaucoup de métier sont devenus presque frénétiquement bavards. Les profs privés d’élèves, les serruriers de clients (personne ne sort, donc personne ne perd ses clés, j’ai beaucoup appris ce jour-là) les bibliothécaires de lecteurs… En cet été 2021, encore un peu sonnés, ces professions dont on sous-estime le besoin de communiquer tentent de rattraper ces mois perdus, ces mois virtuels. Preuve si cela était nécessaire que communiquer est un acte essentiel, dans la vie. Même si c’est pour parler boulot. Et si certains rechignent un peu à retourner au bureau après des mois de télé-travail, ils sont bien plus nombreux à s’en réjouir. L’humain a besoin de la proximité, même verbeuse, des autres humains, c’est ainsi. Sinon, pourquoi ce serait-il emmerdé à créer les langues…

Mon coiffeur quant à lui est heureux quand tous les deux, nous profitons d’un instant de silence, troublé seulement par le ronflement du sèche-cheveux…

Image par StockSnap de Pixabay

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