Récemment, un truc résolument vintage est tombé entre mes mains : un CD de « Grease ». Un CD, vous savez ? Ces petits palets plats et argentés qu’on mettait dans des appareils qui les faisaient tourner pour en extraire de la musique ? Je précise, car je continue d’en acheter alors que beaucoup de copains se foutent de moi, tous accros aux mp3 et autres abonnements à des sites de musique.

Bref : un CD de « Grease », donc. Grease, vous savez ? Cette comédie musicale de je ne sais plus quelle année*, avec John Travolta et Olivia Newton John. Pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire (ou l’ont oubliée, vu l’âge du film, possible que certains de premiers spectateurs souffrent entre-temps de démence sénile) : Sandy et Danny vivent une folle et chaste passion le temps des vacances, puis se retrouvent, par un des ces hasards de scénario, dans le même lycée (tous les acteurs ont plus de 25 ans, mais passons). Sauf que, bien sûr, tout les oppose. Sandy est une jeune fille de famille bien rangée, Danny est chef de gang, OMG ! bref : entre ces deux-là, rien n’est possible.

J’avais 13 ou 14 ans quand je l’ai vue au cinéma. Jeune fille extérieurement formée mais intérieurement innocente, naïve, et surtout d’une timidité maladive, je m’étais identifiée à Sandy, cette héroïne un peu nunuche, sorte de vierge effarouchée bien rangée, bien coiffée, bien comme il faut avec sa jupe plissée et son serre-tête de bonne sœur. Pour être tout à fait franche, ce n’est pas la candeur de Sandy qui m’avait touchée, ni même le fait qu’elle souffre, au début du film, de la méchanceté des filles du lycée et du sarcasme de Danny. Non, ce qui m’avait fait rêver, c’est sa transformation, jusqu’à la scène finale.

Avons-nous vraiment changé, nous les filles, nous les femmes ? Est-ce qu’aujourd’hui, être acceptée au sein du groupe de filles populaires du lycée est toujours aussi crucial (un truc au nom de pommes, « Pink Ladies ») ? Est-ce qu’être désirée, même par des mecs qui se comportent comme de véritables snoc** est toujours aussi vital pour celles qui ont 13, 14 ou plus d’années aujourd’hui ? Je suis à peu près sûre que oui, et je trouve ça dommage.

Mais c’est vrai que même moi, à l’époque, j’aurais donné n’importe quoi pour être comme Sandy. Je me sentais nunuche, moche, résolument sans intérêt, je me souviens avoir longtemps rêvé de découvrir comment faire pour devenir de celles qui mettent des trucs moulants en latex et des talons aiguilles, et portent une choucroute blonde de disco queen. D’ailleurs, à l’époque, j’avais réussi à convaincre mon père de m’offrir des bigoudis chauffants, c’est vous dire !

De nos jours, la tenue, la coiffure, la musique, tout en fait paraît ridicule. Et à côté des clips qu’on voit aujourd’hui, la scène de danse sur « You’re the one that I want » est limite risible. Esthétiquement et musicalement parlant, il y a une évolution certaine. En revanche je me demande si nous avons vraiment évolué tant que ça dans notre conception de la femme. Lorsque j’ai revu le film, récemment, je me suis dit que finalement, c’est la vision de l’homme qui a le dernier mot, dans « Grease ». A la fin du film, Sandy s’est métamorphosée en bombasse caricaturale jusqu’au bout des ongles rouges. Soyons honnête : Danny a bien essayé de mettre un gilet en laine pour faire sérieux, mais la dernière image, c’est bien celle de la bimbo triomphante. Un fantasme masculin perché sur 12 cm de talons. J’ai d’abord pensé qu’aujourd’hui, ce ne serait plus possible. Qu’aujourd’hui l’héroïne ne se fondrait pas ainsi dans le désir des hommes. Mais rapidement, j’ai réalisé que non seulement c’est possible, mais que c’était toujours le cas, dans beaucoup de domaines. C’est comme ça. Et il faudra peut-être attendre deux ou trois générations avant que ça change, et que la victoire d’une femme ne se mesure pas à la flamme qu’elle allume dans le regard des hommes.

D’ici là, je chante toute le B.O. à tue-tête et avec plaisir, et j’ai même ressorti mes bigoudis chauffants (pour le latex par contre on oublie!)

* 1978, je viens de vérifier

** des cons, en verlan, mais je crois que je viens de l’inventer

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