Un des souvenirs les plus marquants du premier confinement est certainement l’image de ces ruées vers les rouleaux de PQ, les plus malchanceux d’entre nous se souvenant surtout des rayons vides. Aujourd’hui, alors que nous sommes confinés pour la troisième fois en un an, plus de panique : on sait qu’on aura toujours de quoi se torcher. Ou du moins, c’est ce que je pensais moi aussi, jusqu’à ce que je lise qu’un bateau coincé dans le Canal de Suez pouvait nous priver de nos précieux rouleaux. C’est qu’on n’imagine pas tout ce qui transite par ce Canal ! De sorte que, si les matières premières (à défaut de… non, celle-là je vous l’épargne) restaient pour ainsi dire coincées dans le Canal, il serait tout à fait possible que nous nous retrouvions le Q dans la m…ouise, car qui dit cellulose à Suez dit usines de papier toilette européennes en chômage technique. Si ça c’est pas de l’aile de papillon triple épaisseur…

Que déduire de cette introduction ? Eh bien peut-être tout simplement que depuis l’arrivée, que dis-je ! le déferlement de la Covid, les choses les plus évidentes sont devenues parfois si complexes que soudain, nous réalisons qu’en réalité, nous vivons dans un monde où les choses les plus complexes nous paraissaient si évidentes, avant. Aller nager, par exemple. Ici, en France, jusqu’en mars 2020, pour nager, il suffisait de choisir sa piscine (pas moins de huit, quand même, rien que dans ma ville) de chopper ses affaires de natation et de se motiver suffisamment pour s’y rendre. Tellement simple que même on pouvait changer d’avis au dernier moment, et opter pour l’option gaufre dans le salon de thé d’à côté (ou le plat du jour, ou le kebab-frites, ou juste : retour sur le canapé). Aujourd’hui, c’est pas pareil. Aujourd’hui, pour aller nager, il faut déjà trouver une piscine à ciel ouvert (mais il y en a!) aller sur le site de la Métropole, s’inscrire, choisir un créneau, réserver, confirmer, payer, le tout en croisant les doigts pour que rien ne plante, qu’un créneau soit disponible à des horaires où nous aussi le sommes, que la CB passe sans encombre, que que que que… Bref ! A moins d’aller nager dans le Canal de Suez un jour d’encombrement par un paquebot chargé de PQ (dans ce cas, il y a nettement moins de circulation maritime) on pourrait penser qu’en temps de Covid, aller nager est nettement plus compliqué qu’en temps normal. Ce qui est vrai. On pourrait donc râler, en plus de passer deux plombes à tenter de réserver un créneau.

Mais peut-être aussi pourrions-nous réaliser à quel point, hors crise sanitaire, tout est fait pour que quelque chose d’aussi complexe qu’aller nager nous semble facile, voire évident. Peut-être que la complexité que nous avons, parfois, l’impression de subir en ce moment, n’est en réalité qu’un petit aperçu de ce qui demeure habituellement caché. Tout ce monde qui, en coulisses, œuvre pour que les bassins soient remplis d’eau, les vestiaires propres, l’accueil humain, les maîtres-nageurs diplômés en sauvetage… Bref : peut-être qu’en ce moment, nous devrions prendre conscience de la vraie complexité des choses qui paraissaient si simples, et ne plus râler lorsque, enfin ! nous retrouverons notre « normalité ». Celle où des milliers de gens travaillent nuit et jour afin que notre monde, avec tous ses rouages complexes, tourne comme un rouleau dans son dévidoir…

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